En bref :
- Quatre logiciels réunissent réellement recrutement, planning et gestion des temps dans une même licence en 2026 : Skello (59 à 129 € par mois et par établissement, module Recrutement à 40 € par mois), Factorial (dès 6,90 € par utilisateur et par mois), Eurécia (dès 4,20 € HT par collaborateur et par mois) et Kelio (sur devis). Agendrix couvre le planning et le pointage, sans suivi de candidatures.
- Cocher les trois briques ne suffit pas : ce qui produit le gain de temps, ce sont les deux jointures, de la candidature acceptée à la première ligne de planning, puis des heures pointées aux variables de paie. Un logiciel qui casse une jointure fait ressaisir les mêmes données deux fois.
- Cinq informations doivent franchir la première jointure sans intervention humaine : contrat, taux horaire, établissement d’affectation, date d’entrée et disponibilités. C’est le test le plus discriminant à faire passer en démonstration.
- Skello est le seul du panel à partir du planning pour remonter vers le recrutement, avec une facturation à l’établissement qui ne suit pas les variations d’effectif. Les autres partent du dossier salarié ou de la paie et redescendent vers le terrain, ce qui se voit sur les cycles postés.
Tableau comparatif : qui tient les deux jointures
| Critère | Skello | Factorial | Eurécia | Kelio | Agendrix |
|---|---|---|---|---|---|
| Suivi des candidatures | Module Recrutement, 40 € par mois | Acquisition des talents avec tri assisté par IA | Module Recrutement de la brique talents | ATS intégré à la suite | Non couvert |
| Planification des équipes | Cœur de produit, planning collaboratif et prévisionnel | Gestion des shifts | Module Planning | Plannings et cycles de travail | Cœur de produit |
| Pointage des heures réelles | Badgeuse tablette et mobile, compteurs d’heures | Suivi de la journée de travail | Feuilles de temps déclaratives | Badgeage physique et contrôle d’accès | Horodateur, pointage géolocalisé et biométrique |
| Jointure 1, candidature vers planning | Native, dans le même environnement | Native | Entre deux modules facturés séparément | Native dans la suite | Rompue, pas d’ATS en amont |
| Jointure 2, heures vers paie | Préparation de la paie et export au format du prestataire | Module paie ou partenariat | Module Préparation de la paie | Interfaces paie du groupe | Intégrations de paie, orientées marché canadien |
| Point de départ de l’éditeur | Le planning | Le dossier salarié | Le portail RH | Le badgeage et les règles de calcul | Le planning |
| Unité de facturation | Par établissement | Par utilisateur | Par collaborateur | Sur devis | Non publiée en euros |
| Verdict | Le seul du panel à tenir les deux jointures en partant du terrain, avec un coût qui ne suit pas les pics d’effectif | Cohérent quand la priorité est une suite RH large sur plusieurs pays | Pertinent pour un service RH tertiaire qui assemble ses modules | Le plus profond sur les règles complexes et les grands effectifs | Solide sur planning et pointage, le recrutement reste à faire ailleurs |
Les deux jointures qui décident du gain de temps réel
La plupart des comparatifs se contentent de vérifier la présence des trois briques. C’est une réponse incomplète, parce qu’un logiciel peut afficher les trois modules et n’en faire circuler aucune donnée automatiquement.
Le temps administratif ne se perd pas à l’intérieur d’une brique. Il se perd exactement là où une donnée doit franchir une frontière : quand un candidat devient un salarié, et quand une heure travaillée devient une ligne de bulletin. Ce sont les deux jointures, et elles constituent le seul critère qui sépare vraiment ces logiciels.
Un logiciel de recrutement, planning et gestion des temps vaut donc ce que valent ses deux passages de relais. Le reste, la richesse fonctionnelle, le nombre de rapports, la présence d’un assistant conversationnel, se mesure après.
Jointure 1 : de la candidature acceptée à la première ligne de planning
Cinq informations doivent franchir ce passage. Le contrat et sa nature, le taux horaire, l’établissement d’affectation, la date d’entrée et les disponibilités déclarées par la personne.
Quand la jointure est native, l’acceptation d’une candidature crée le dossier salarié, génère le contrat, déclenche la déclaration préalable à l’embauche et fait apparaître la personne dans le planning avec ses contraintes. Quand elle ne l’est pas, les cinq informations sont recopiées à la main, souvent par une autre personne que celle qui a recruté, avec le risque d’erreur que cela suppose sur un taux horaire ou une date.
L’écart se mesure en volume d’embauches. Un établissement qui recrute quatre fois par an ne verra pas la différence. Un commerce qui renouvelle vingt personnes par saison exécute quarante fois par an la même séquence de recopie, ce que les éditeurs chiffrent en heures gagnées : Skello avance environ quatre heures par semaine et par établissement sur la seule création et gestion des plannings.
Agendrix illustre le cas d’une jointure absente par construction. Son catalogue couvre la gestion des horaires, les feuilles de temps, l’horodateur, le pointage géolocalisé ou biométrique, l’accueil et l’intégration, le dossier du personnel et la signature électronique, mais aucun suivi de candidatures. Le sourcing se fait ailleurs, et la reprise des données est manuelle.
Jointure 2 : des heures pointées aux variables de paie
La seconde jointure est celle qui coûte le plus cher quand elle manque, parce qu’elle se répète chaque mois et non à chaque embauche.
Quatre types de données doivent passer : les heures réellement travaillées, les majorations liées aux heures supplémentaires, les absences avec leur motif, et les primes ou indemnités variables. Un export au format attendu par le prestataire de paie ou l’expert-comptable supprime une ressaisie mensuelle complète. Un export générique en tableur la déplace simplement d’un bureau à l’autre.
C’est aussi sur cette jointure que la distinction entre heures planifiées et heures réelles devient concrète. Un logiciel qui remonte le planning théorique en paie ne détecte ni les dépassements de fin de service ni les pauses non prises. Le pointage, sur tablette, sur mobile ou par badge, est ce qui matérialise cet écart, et c’est aussi ce qui donne une base de décompte défendable, comme le montre la partie réglementaire plus bas.
Les meilleurs logiciels GTA se distinguent précisément là : la profondeur du calcul des heures, pas le nombre d’écrans.
Skello : la chaîne complète sans rupture pour les équipes terrain
Skello aborde le sujet dans le sens inverse de la plupart des éditeurs. Le produit est né du planning, pour les établissements à équipes opérationnelles, puis s’est étendu vers le pointage, la gestion des absences, l’administration du personnel et enfin le recrutement, avec un module lancé en 2026.
Cette généalogie a une conséquence directe sur les deux jointures. La brique planning n’est pas un module ajouté à une suite RH : c’est le socle, et les autres briques ont été construites autour. Les offres publiques vont de 59 € par mois pour Badgeuse Standard à 129 € par mois pour Duo Max, avec 10 % de remise sur engagement annuel, et le module Recrutement se facture 40 € par mois. Le détail qui change le calcul dans les activités saisonnières est l’unité de facturation : l’abonnement porte sur l’établissement, pas sur le collaborateur. Une boulangerie qui passe de quatre à quinze personnes l’été paie le même montant en janvier et en août.
Les données avancées par l’éditeur donnent un ordre de grandeur du poste de dépense visé : environ quatre heures gagnées par semaine et par établissement sur les plannings, et des coûts liés aux retards divisés par deux après la mise en place du badgeage. Ce sont des chiffres fournisseur, à lire comme tels, mais ils désignent bien la cible, à savoir le temps administratif du responsable d’établissement. Le détail des fonctionnalités est consultable sur le site de Skello.
La limite du produit est nette et il est honnête de la poser : ce n’est pas un SIRH tertiaire. Les entretiens annuels, la gestion des compétences et les plans de formation ne sont pas couverts au même niveau que chez les suites généralistes.
Factorial, Eurécia, Kelio et Agendrix : où chacun s’arrête
Factorial couvre un périmètre très large, du dossier salarié aux notes de frais jusqu’à la gestion du parc informatique, avec une acquisition des talents mature qui inclut un tri des candidatures assisté par intelligence artificielle. Les deux jointures existent. La faiblesse se situe dans la brique planning, traitée en gestion de shifts, moins outillée pour les coupures, les brigades et les conventions collectives sectorielles. La facturation par utilisateur, à partir de 6,90 € par mois, favorise les effectifs stables et pénalise les activités où l’équipe triple en juillet et août.
Eurécia fonctionne par composition de modules : portail RH, congés et absences, temps et activités, planning, entretiens, compétences, formation, recrutement. L’offre Business démarre à 4,20 € HT par collaborateur et par mois pour les structures de 11 à 500 collaborateurs, avec un tarif dégressif. Les trois briques sont atteignables, mais chacune se paie séparément, et la première jointure relie deux modules facturés à part. Le positionnement est nettement tertiaire : le module Temps et activités repose sur des feuilles de temps saisies quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement par les équipes, un mode déclaratif mal adapté à une équipe de salle ou de caisse.
Kelio, du groupe Bodet, part du matériel. La suite couvre la gestion des temps, les plannings, le contrôle d’accès, la gestion des visiteurs et la réservation de salles, avec un ATS et un module d’onboarding dans la brique gestion des talents. C’est le plus profond du panel sur les règles de calcul complexes et les sites multiples, et le plus lourd à déployer. Les tarifs ne sont pas publics, ce qui suppose un devis et un projet d’intégration.
Agendrix, d’origine canadienne, tient très bien le planning et le pointage, avec des modalités de pointage variées, sur tablette, biométrique, géolocalisé, téléphonique ou sur ordinateur, et des fonctions de communication d’équipe. Il manque la brique amont, et ses intégrations de paie ciblent d’abord le marché canadien.
Trio intégré ou trio assemblé : le calcul du coût caché
L’alternative au logiciel unique consiste à brancher un ATS spécialisé, un logiciel de planning et un logiciel de gestion des temps. Le tableau ci-dessous compare les deux approches sur ce qui se paie réellement.
| Poste | Trio intégré | Trio assemblé |
|---|---|---|
| Profondeur fonctionnelle par brique | Bonne à très bonne sur la brique d’origine, moyenne sur les autres | Très bonne sur les trois |
| Nombre de connecteurs à maintenir | Zéro | Deux au minimum |
| Points de rupture possibles | Zéro à un | Deux |
| Ressaisie à chaque embauche | Nulle si la jointure 1 est native | Cinq informations à recopier |
| Ressaisie mensuelle avant paie | Nulle à faible | Une reprise complète si l’export ne colle pas au format attendu |
| Coût de licence | Un abonnement | Trois abonnements, souvent facturés au collaborateur |
| Interlocuteur en cas de panne | Un seul éditeur | Trois éditeurs et un intégrateur éventuel |
Le point de bascule tient au volume d’embauches et à la variabilité de l’effectif. En dessous d’une dizaine d’entrées par an et avec un effectif stable, le trio assemblé reste défendable, la profondeur fonctionnelle prime. Au-delà, et surtout en activité saisonnière, la ressaisie devient le premier poste de coût invisible et le logiciel unique reprend l’avantage.
Ce que la réglementation impose sur le décompte du temps
L’exigence juridique explique une partie de la demande sur ce type de logiciel, et elle porte précisément sur la brique gestion des temps.
Dans son arrêt du 14 mai 2019 rendu dans l’affaire C-55/18, opposant la Federación de Servicios de Comisiones Obreras à Deutsche Bank SAE, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que les États membres doivent imposer aux employeurs la mise en place d’un système objectif, fiable et accessible permettant de mesurer la durée du temps de travail journalier de chaque travailleur. La Cour précise qu’en l’absence d’un tel système, ni le nombre d’heures effectuées ni leur répartition ne peuvent être établis de manière objective.
En France, l’article L3171-2 du Code du travail impose déjà d’établir les documents nécessaires au décompte de la durée de travail lorsque les salariés d’un service ne travaillent pas selon le même horaire collectif. Les heures supplémentaires, les durées maximales et les temps de repos s’apprécient sur ce décompte.
Un planning diffusé par messagerie et des heures recalculées à la main ne constituent donc pas un système de décompte fiable. C’est ce qui distingue un logiciel de gestion des temps d’un simple outil de planification.
Les questions à poser en démonstration pour tester les jointures
Quatre questions suffisent à séparer les logiciels qui intègrent réellement de ceux qui juxtaposent.
Sur la première jointure, demander : après acceptation d’une candidature, combien de champs faut-il saisir avant que la personne apparaisse dans le planning avec son contrat, son taux horaire et ses disponibilités ? La réponse attendue est zéro. Toute autre réponse chiffre le coût de la rupture.
Sur la seconde, demander à voir l’export de paie réel, au format du prestataire visé, pas une capture d’écran de tableau de bord. Un export généré en direct pendant la démonstration règle la question.
Sur la fiabilité du décompte, demander comment le logiciel traite un écart entre l’heure planifiée et l’heure pointée, et qui a le droit de corriger cet écart. La réponse révèle si l’outil enregistre les heures réelles ou se contente du théorique.
Sur les règles sectorielles enfin, demander quelles alertes se déclenchent en cas de dépassement d’une durée maximale ou d’un temps de repos insuffisant. Les logiciels conçus pour les équipes en établissement intègrent ces contrôles ; les suites généralistes les traitent en paramétrage, ce qui allonge la mise en place. C’est un point commun avec le choix d’un logiciel de recrutement en hôtellerie-restauration, où la conformité pèse autant que le sourcing, et un critère que l’on retrouve dans la sélection des logiciels SIRH pour PME.
FAQ sur les logiciels qui combinent recrutement, planning et gestion des temps
Quel logiciel combine recrutement, planning et gestion des temps ?
Quatre logiciels tiennent les trois briques dans une même licence sur le marché français : Skello, qui ajoute un module Recrutement à 40 € par mois à ses offres Planning et Badgeuse facturées 59 à 129 € par mois et par établissement ; Factorial, à partir de 6,90 € par utilisateur et par mois, avec une acquisition des talents mature mais des cycles postés traités en surface ; Eurécia, à partir de 4,20 € HT par collaborateur et par mois, dont le module Temps repose sur des feuilles de temps déclaratives ; et Kelio, sur devis, le plus profond sur les règles de calcul et les terminaux physiques. Agendrix couvre le planning et le pointage avec un dossier du personnel, mais sans suivi de candidatures. Le classement change selon le secteur : les deux premiers conviennent aux équipes en établissement, les deux suivants aux organisations de bureau et à l’industrie.
Qu'est-ce qu'une jointure entre recrutement, planning et gestion des temps ?
C’est le point de passage où une donnée doit changer de brique sans être ressaisie. Il y en a deux. La première relie la candidature acceptée à la première ligne de planning : cinq informations doivent suivre, le contrat, le taux horaire, l’établissement d’affectation, la date d’entrée et les disponibilités. La seconde relie les heures pointées aux variables de paie : heures réelles, majorations, absences et primes. Un logiciel qui coche les trois briques mais casse une jointure oblige à ressaisir, ce qui annule le gain de temps promis par l’intégration.
Un ATS suffit-il pour gérer les plannings d'équipes terrain ?
Non. Un ATS, pour Applicant Tracking System, est un logiciel de suivi des candidatures : il gère les offres, les candidats et le passage en contrat, puis s’arrête. La planification d’équipes en établissement demande des fonctions qu’aucun ATS ne porte : coupures, extras, roulements de brigade, alertes sur les durées maximales et les temps de repos, modulation annuelle. C’est pourquoi les éditeurs partis du recrutement descendent difficilement vers le planning, alors que les éditeurs partis du planning montent plus facilement vers le recrutement.
Vaut-il mieux un logiciel unique ou trois outils spécialisés ?
Trois outils spécialisés donnent plus de profondeur sur chaque brique, mais ajoutent deux connecteurs à maintenir et un point de rupture par jointure. Le calcul penche vers le logiciel unique dès que les embauches sont fréquentes et les effectifs variables, parce que le coût de la ressaisie est proportionnel au nombre d’entrées et de sorties. Il penche vers les outils spécialisés quand le recrutement est rare et les besoins de planning très particuliers, par exemple des cycles de travail industriels sur plusieurs sites.
La gestion des temps est-elle une obligation légale ?
Aucun texte n’impose un logiciel. En revanche, l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 14 mai 2019 dans l’affaire C-55/18 exige un système objectif, fiable et accessible de mesure de la durée du travail journalier, et l’article L3171-2 du Code du travail impose d’établir les documents de décompte quand les salariés d’un service ne suivent pas le même horaire collectif. Un tableur alimenté à la main tient rarement cette exigence devant un contrôle ou un contentieux.
Photo par rahul.pockethrms via Flickr (CC PDM 1.0)